Quentin Delisle présente aux élèves de l’option Arts du Son du lycée Dorian, son métier, ses fonctions à l’Opéra-Comique et sa part d’intervention dans les productions lyriques.

 

Quentin manipule le son et l’audiovisuel au quotidien, ce qui peut paraître étonnant, dans cette maison d’opéra, dont les productions sont justement acoustiques. En réalité, le monde de l’opéra, s’il est acoustique sur scène et pour le public, a besoin de tout un outillage technique sonore et visuel qui permet aux artistes et aux techniciens de rester en contact avec le plateau à tout moment.

Quentin coordonne une équipe de quatre permanents à l’Opéra-Comique, auxquels s’ajoutent six à huit intermittents pour les représentations. Cette équipe a la charge de quatre domaines : le son, la vidéo, l’intercom et le sur titrage.

SON

Sur les spectacles, il faut préparer un retour son pour les artistes, afin qu’ils entendent bien l’orchestre, de partout. Il faut donc mettre en place une prise de son qui est restituée dans des enceintes tout autour de la scène, dans les couloirs, les bureaux, les loges… afin que tout le monde soit toujours prêt, même lorsqu’il n’est pas en scène, à revenir à temps sur le plateau.

Il arrive aussi, parfois, que certains spectacles soient sonorisés, pour certains effets ou certains bruitages que l’orchestre ne fera pas.

Enfin, Quentin et son équipe mènent aussi tout un travail d’enregistrement et d’archivage, sur chaque production, afin de pouvoir fournir des copies de travail pour les artistes ou pour présenter la production à d’autres théâtres et ainsi préparer les tournées.

Chloé Kobuta ajoute qu’il est également sans cesse sollicité pour les besoins techniques des équipes administratives (pour un micro ou un enregistreur pour des soirées avec les mécènes par exemple) et qu’ils trouvent toujours la porte ouverte et un accueil chaleureux. Il n’y a donc pas que le spectacle à gérer.

VIDEO

Les coulisses et les bords de scènes sont équipés d’écrans qui permettent aux artistes et techniciens de suivre ce qui se passe sur le plateau. Pour les artistes, le chef d’orchestre est également filmé et restitué en continu, afin que chacun puisse chanter en rythme et en suivant les indications du chef, même lorsqu’on est un peu loin sur scène, ou lorsque le décor l’empêche de voir le chef. La vidéo est également retransmise en coulisses.

Retransmission vidéo dans les coulisses d'Ali Baba

Il arrive parfois aussi que les besoins de la mise en scène nécessitent qu’on place un écran et une enceinte de retour dans des lieux inhabituels. Par exemple, dans Pelléas et Mélisande, une partie du chœur devait chanter « dans le lointain », et concrètement depuis le foyer de l’Opéra, qui a donc dû, pour chaque répétition et chaque concert, être appareillé et testé quinze minutes avant l’intervention du chœur et immédiatement désinstallé, puisque le foyer est un lieu ouvert au public, avant et après la représentation !

INTERCOM

Pour communiquer entre eux pendant la représentation et sans gêner le public, les techniciens sont tous équipés d’un casque et d’un micro, qui leur permet aussi d’entendre les tops du régisseur général qui est, en quelque sorte, le chef d’orchestre de la technique.

SUR TITRAGE

Enfin, l’équipe de Quentin se charge aussi de la diffusion des sur titrages, ces textes chantés  simultanément au-dessus de la scène, afin que les spectateurs puissent suivre dans les meilleurs conditions le texte et donc l’action de la pièce. C’est l’équivalent des sous-titres du cinéma.

Les lycéens de l’option, dont un certain nombre est intéressé par une carrière dans les métiers du son, ont évidemment posé la question de sa formation à Quentin. Etudiant en sciences physiques, Quentin a cherché sa voie et finalement trouvé ce métier « qui le branchait beaucoup ». Il a donc fait beaucoup de stages, pendant trois ans, lu et étudié des livres de formation, côtoyé des techniciens qui lui ont énormément appris et l’ont épaulé enfin. Il a commencé comme intermittent, ce qui lui a permis de voyager, de multiplier les rencontres artistiques et les expériences professionnelles, et s’est trouvé travailler à plusieurs reprises à l’Opéra Garnier. De rencontres en rencontres, il a fait un remplacement à l’Opéra-Comique, qui s’est finalement transformé en proposition d’embauche. Les lycéens ont beaucoup apprécié la présentation sincère et humble de Quentin, qui les encourage à poursuivre leurs projets et à se donner les moyens d’y réussir, même si la filière universitaire initialement choisie n’est pas la voie « royale ». Les qualités nécessaires pour réussir dans ce métier sont la réactivité et l’adaptabilité, combinées à la réflexion : il s’agit en effet toujours de trouver des solutions à des problèmes et donc d’être capable, sans perdre confiance et en restant toujours concentré, de trouver des solutions nouvelles à chaque situation puis, avec l’expérience, d’anticiper. Il n’a pas non plus caché les difficultés du statut d’intermittent : de nombreuses absences au domicile, le travail de nuit ou très tôt le matin, les week-ends, l’impossibilité de planifier son année et ses congés. Evidemment, son statut salarié à l’Opéra-Comique lui offre maintenant l’avantage inverse, et bien peu d’inconvénients d’après lui… hormis, confie-t-il à demi-mots, le fait qu’un théâtre musical acoustique prenne peut-être le son un peu moins en compte que d’autres lieux musicaux.

Interview réalisée le 7 mars 2014 à l'Opéra-Comique par les élèves de l'option Arts du Son du lycée Dorian, rencontre organisée et animée par Chloé Kobuta.